Berlin, Allemagne (Weltexpress). Depuis que la République populaire de Chine s’est imposée comme la nouvelle puissance mondiale dominante dans les domaines de la science et de la recherche, la « fuite des cerveaux » vers les États-Unis appartient définitivement au passé. La Chine propose désormais aux jeunes scientifiques les plus brillants du monde entier des bourses de recherche d’une durée de 15 ans.

Quand l’Amérique attirait les esprits les plus brillants du monde

Au cours des décennies qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont littéralement aspiré, tel un gigantesque aspirateur, des professeurs de renom ou de jeunes « têtes bien faites » prometteuses issues des domaines de la « science et de la recherche » en Europe et dans d’autres pays du monde.

Non seulement les États-Unis offraient les meilleurs salaires, mais l’équipement des instituts de recherche américains était également imbattable. Le financement des projets de recherche semblait illimité et le niveau de vie ainsi que les conditions de vie aux États-Unis étaient incomparables. Avoir mené des recherches aux États-Unis de l’Amérique conférait un grand prestige dans la vieille Europe et faisait bonne impression sur le CV de ceux qui rentraient en Europe. Beaucoup d’autres, cependant, s’établissaient définitivement aux États-Unis.

À l’époque, on parlait de « fuite des cerveaux ». Ce terme désigne la perte de scientifiques, d’ingénieurs, de médecins et d’autres professionnels hautement qualifiés, dont la formation a coûté beaucoup d’argent aux contribuables de leurs pays d’origine respectifs.

Son contraire s’appelle le « brain gain » – c’est-à-dire l’apport de ces mêmes personnes dans le pays de destination. Ce terme est apparu dans le monde anglophone au début des années 1960. L’Oxford English Dictionary en recense la première occurrence en 1960. Il s’est largement popularisé à la suite du débat qui a eu lieu en Grande-Bretagne, où, dès les années 1950, on s’inquiétait de plus en plus de l’exode des scientifiques et techniciens britanniques vers les États-Unis et le Canada. Un rapport de la Royal Society datant de 1963 sur cette émigration scientifique a fait connaître le terme « Brain Drain » à un large public.

La fuite des cerveaux s’inverse – les États-Unis perdent de leur attractivité

Cette fuite des cerveaux vers les États-Unis a pris fin depuis un certain temps. Au cours des années 1980, elle a commencé à s’atténuer. Dans un contexte de tensions sociales croissantes, de polarisation de la société et de problèmes financiers grandissants, y compris dans le secteur scientifique américain, l’ancienne fuite des cerveaux de l’Europe vers les États-Unis s’est ramenée depuis de nombreuses années au niveau d’un échange scientifique normal, tandis que le problème persistait pour les pays asiatiques, qui continuaient de perdre leurs cerveaux au profit des États-Unis.

Il est toutefois intéressant de noter que ce sont surtout les universitaires chinois qui, ne supportant plus le climat anti-chinois grandissant dans le pays et attisé par la politique de Washington, sont de plus en plus nombreux à rentrer dans leur pays d’origine depuis quelques années. Parallèlement, l’administration Trump a considérablement restreint l’octroi de visas aux chercheurs et étudiants chinois. Cela a conduit l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, à avertir que ces mesures anti-chinoises de Washington nuisaient avant tout au progrès scientifique aux États-Unis, et non à la Chine.

L’autogoal de Washington : comment les États-Unis font fuir leurs meilleurs chercheurs

Dès le premier mandat de Donald Trump, des milliers de visas avaient été révoqués, principalement pour des diplômés de certaines universités chinoises (Proclamation 10043 de 2020).

À cela se sont ajoutés en 2025 des obstacles plus généraux, qui ne concernent pas uniquement la Chine : suspension temporaire des entretiens pour l’obtention de visas, vérification des opinions politiques des demandeurs sur les réseaux sociaux et frais de 100 000 dollars pour les nouvelles demandes de visa H-1B.

Au cours du second mandat de Trump, son ministre des Affaires étrangères, Marco Rubio, a annoncé le 28 mai 2025 qu’il comptait « révoquer de manière agressive » les visas des étudiants chinois présentant des liens avec le Parti communiste ou poursuivant des études dans des « domaines critiques » (critical fields). Parallèlement, toutes les futures demandes en provenance de la République populaire de Chine et de Hong Kong devaient faire l’objet d’un examen plus rigoureux. La définition exacte des « critical fields » n’a pas été précisée ; il s’agit manifestement avant tout de domaines technologiques sensibles tels que les semi-conducteurs, l’aérospatiale ou la recherche à double usage.

Eric Schmidt met en garde depuis des années contre les conséquences négatives de cette politique pour les États-Unis. En 2019, Schmidt a déclaré que les restrictions imposées au recrutement de cadres chinois de haut niveau nuisaient au secteur technologique américain. En 2020, il a qualifié les efforts visant à restreindre l’accès des étudiants chinois de « contraires à nos propres intérêts », car bon nombre des meilleurs diplômés travaillant dans les laboratoires américains provenaient de Chine. En 2023, il a écrit dans Foreign Affairs que Washington devait attirer les scientifiques chinois plutôt que de les exclure, faute de quoi les États-Unis subiraient à long terme un préjudice plus important.

Pékin mise sur la coopération plutôt que sur l’exclusion

Et aujourd’hui, la Chine propose aux scientifiques du monde entier âgés de moins de 35 ans un soutien financier à long terme pour leurs projets de recherche, sans aucune évaluation de performance à court terme. Toutefois, la présence physique des chercheurs dans les laboratoires de la République populaire est exigée.

Ce programme inhabituel de la Chine vise non seulement à promouvoir les jeunes scientifiques les plus brillants du monde et ainsi à les attirer vers elle, mais aussi à renforcer et à internationaliser à long terme la science et la recherche dans leurs pays d’origine, où ces jeunes retourneront. C’est un exemple typique des relations de la Chine avec l’étranger.

C’est une politique qui vise toujours une situation gagnant-gagnant, un arrangement dans lequel les deux parties sortent gagnantes.

Gagnant-gagnant plutôt que jeu à somme nulle : deux conceptions opposées de la politique mondiale

Cette politique gagnant-gagnant contraste fortement avec le credo néolibéral de « jeu à somme nulle » des impérialistes occidentaux, qui part du principe que tout gain de l’autre affaiblit sa propre position. C’est ce que les impérialistes occidentaux tentent depuis toujours : maintenir leurs adversaires désignés dans une position de faiblesse et, par exemple, les priver de l’accès à l’énergie et à d’autres produits essentiels nécessaires au développement économique et technologique d’un pays.

Un autre exemple de la politique « gagnant-gagnant » chinoise réside dans l’aide apportée à la mise en œuvre de projets d’infrastructure gigantesques dans les pays du « Sud global » ; allant des ponts, routes et lignes ferroviaires à la construction d’universités et d’écoles, en passant par des hôpitaux modernes. Bien sûr, la Chine vise également un avantage dans ces projets à long terme, comme l’accès aux matières premières et leur acheminement. Mais contrairement au néocolonialisme occidental, les réserves de matières premières restent la propriété des États nationaux concernés.

Ce concept « gagnant-gagnant » implique également que la Chine crée de nouveaux marchés pour ses produits dans ces pays. En effet, grâce à la croissance économique initiée par la Chine dans le Sud global, la population de ces pays peut, pour la première fois, jouir d’une prospérité modeste et s’offrir certains des produits de consommation chinois tant convoités dans le monde entier.

Alors que Washington exclut les talents, la Chine leur offre 15 ans d’avenir

Si l’on examine la nouvelle offre chinoise destinée aux jeunes chercheurs du monde entier, on constate là encore une différence marquée par rapport à l’approche occidentale, qui planifie à court terme et exige des résultats rapides à des fins d’exploitation commerciale.

Dans le cadre de ce nouveau programme chinois, les scientifiques sélectionnés, âgés de moins de 35 ans, peuvent se consacrer entièrement à leurs recherches sans avoir à se soucier en permanence des demandes de subventions, des résultats à court terme ou des évaluations de performance. En effet, leur soutien financier est assuré pour les 15 prochaines années.

Ce programme est organisé par la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine (NSFC), la principale institution du pays chargée de promouvoir la recherche fondamentale. Son directeur, Dou Xiankang, décrit le concept comme remarquablement simple : trouver de jeunes scientifiques exceptionnellement talentueux, leur donner de l’argent et du temps, et leur permettre de poursuivre de nouvelles idées.

Pendant ces 15 années, les chercheurs ne seront pas évalués selon les critères habituels à court terme, tels que le nombre d’articles qu’ils publient ou leur capacité à produire rapidement des découvertes exploitables commercialement. Selon M. Dou, l’exigence essentielle consiste en fait à ce qu’ils continuent à travailler en laboratoire.

« Cela ne nous dérange pas s’il n’y a pas de succès à court terme », dit-il. L’essentiel, c’est que les chercheurs aient la possibilité de s’installer et de se concentrer sur leur travail scientifique.

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