Berlin, RFA (Weltexpress). L’éditorial haineux du Financial Times britannique, intitulé « Des fissures dans l’édifice de Poutine », s’inscrit parfaitement dans le schéma bien connu des médias occidentaux, qui consiste à dramatiser les prétendues faiblesses et crises russes précisément lors de moments diplomatiques sensibles, comme la visite de Poutine à Pékin.
Vladimir Poutine est arrivé mardi 19 mai à Pékin pour une visite de deux jours. L’occasion officielle est le 25e anniversaire du « Traité de bon voisinage et de coopération amicale » sino-russe, qui sert de base aux bonnes relations interétatiques entre ces deux partenaires stratégiques. Le traité a toutefois été signé le 16 juillet 2001, et non en mai. Comme cet anniversaire ne coïncide pas avec la visite du président Poutine en Chine, de nombreux observateurs ont émis l’hypothèse que d’autres considérations, peut-être plus urgentes, auraient pu conduire à cette visite anticipée à Pékin. Mais nous y reviendrons plus tard.
Avant de telles visites, qu’il s’agisse de hauts représentants chinois en visite à Moscou ou de Russes à Pékin, un schéma clair s’est dessiné ces dernières années : les médias et les responsables politiques occidentaux s’efforcent de semer la discorde entre Pékin et Moscou à l’aide de toutes sortes de rumeurs et d’allégations. Cela se fait généralement par le biais de reportages basés sur des sources anonymes (« des responsables gouvernementaux occidentaux » ou « des experts des services de renseignement ») qui, souvent de manière ciblée et synchronisée avec les visites de Poutine ou de Xi lors de sommets, tentent de semer la méfiance réciproque.
On a également pu voir la variante courante de ces tentatives de division le jour de l’arrivée du président Poutine à Pékin dans le journal télévisé ZDF heute-journal : Il y était question d’une Chine économiquement dominante et financièrement puissante, qui exploite sans vergogne la Russie faible et mendiante en lui vendant de l’énergie et des matières premières à des prix dérisoires, et du président Poutine qui tolère cela parce qu’il aurait conduit la Russie à une situation désespérée avec sa guerre en Ukraine.
La veille déjà, le 18 mai, le Financial Times de Londres avait publié un éditorial intitulé « The cracks in the Putin edifice » (Les fissures dans l’édifice Poutine), dont le reportage de la ZDF avait manifestement repris des passages. Le sous-titre disait : « La conviction du dirigeant russe qu’il pourrait survivre à l’Occident est mise à l’épreuve » et la légende sous un portrait du président Poutine était la « cerise sur le gâteau » de ce tissu de mensonges du journaliste prostitué britannique, qui disait : « Le président Vladimir Poutine passerait désormais plus de temps dans des bunkers et réduirait ses réunions et ses apparitions publiques ».
L’article du Financial Times lui-même soutient que la conviction stratégique centrale de Vladimir Poutine – selon laquelle la Russie pourrait simplement survivre à l’Occident grâce à sa persévérance, à sa résistance aux sanctions et à une économie de guerre – est actuellement mise à rude épreuve par le soutien accru des Européens. Il prétend discerner des « fissures » naissantes dans le système Poutine, notamment : une révision à la baisse significative des prévisions de croissance pour 2026, résultant des pressions économiques causées par le succès de la politique de sanctions occidentale, car l’économie de guerre perdrait de son élan, en raison des coûts croissants du conflit en Ukraine ainsi que des signes de fatigue dans la capacité de la Russie à tenir le coup face à une confrontation de longue haleine.
L’article dépeint Poutine comme de plus en plus isolé dans son pari sur l’épuisement de l’Occident. La rédaction laisse entendre que des facteurs de pression internes et externes ont mis à nu les faiblesses de l’édifice autoritaire de Poutine et justifient des doutes quant à sa capacité à maintenir son cap actuel à long terme.
L’article se termine par la recommandation suivante : « Les partenaires européens de Kiev devraient avoir confiance en leur stratégie – même si le chemin sera long – et redoubler d’efforts pour soutenir l’Ukraine en lui fournissant les armes, les renseignements et les fonds nécessaires à la mise en œuvre de cette stratégie ».
En présentant la « conviction de Poutine de pouvoir survivre à l’Occident » comme fragile, le texte véhicule de manière subliminale le récit d’une inévitable faiblesse russe. Cela vise apparemment à encourager la politique occidentale à tenir bon en Ukraine, tout en signalant à Pékin que son partenaire russe est sous pression et ne pourra pas tenir ses promesses à long terme. C’est pourquoi la publication de l’article du Financial Times doit également être replacée dans le contexte de la conclusion, prévue parallèlement au sommet Xi-Poutine, de toute une série d’accords de haut niveau entre la Russie et la Chine.
Dans le cadre de leur partenariat stratégique global, la Chine et la Russie ont de nombreux besoins de coopération pratique, qui ne sont toutefois pas tous mis en œuvre au rythme nécessaire. Selon TASS, la visite de Poutine à Pékin vise à accélérer le développement des relations sino-russes ainsi qu’une série d’accords bilatéraux intergouvernementaux, interministériels et autres. Alors que le sommet Poutine-Xi définit l’orientation générale, une grande partie de la coopération s’effectue par le biais d’une coordination à différents niveaux gouvernementaux et entre les entreprises.
Dans les domaines clés, selon TASS, on s’attend à ce qu’une coopération énergétique approfondie soit mise en œuvre, notamment en matière d’approvisionnement à long terme en pétrole et en gaz, de coordination des infrastructures et de coopération sur les routes arctiques, ainsi que de logistique eurasienne en ce qui concerne les transports, les ports et les chaînes d’approvisionnement.
La coopération dans les domaines de la haute technologie et de l’industrie, notamment l’aérospatiale, l’intelligence artificielle, l’économie numérique, la substitution des puces électroniques et la fabrication, ainsi que le commerce agricole et céréalier et la poursuite de l’harmonisation entre l’initiative chinoise « Belt and Road » (Nouvelle route de la soie) et l’Union économique eurasienne, constituent d’autres axes prioritaires importants. Le fait que le volume des échanges commerciaux entre la Russie et la Chine continue de croître et ait déjà dépassé les 200 milliards de dollars est considéré comme un succès. Parallèlement, les deux pays ont presque entièrement basculé leurs règlements mutuels vers les monnaies nationales. Enfin, il y a aussi l’équation géopolitique dans les relations entre la Russie et la Chine.
Lors d’une précédente conférence de presse début mai, Poutine a qualifié la coopération entre des États comme la Chine et la Russie de « facteur incontestable de dissuasion et de stabilité » dans les affaires mondiales. Il a souligné que la Chine est le premier partenaire commercial et économique de la Russie, ajoutant que la diversification du commerce bilatéral grâce aux industries de haute technologie se poursuit, ce qui est très important. Dans le même temps, les relations sino-russes dépassent la coopération traditionnelle dans les domaines de la politique, de la sécurité et de l’énergie pour évoluer vers un lien stratégique à long terme sur les plans social et culturel.
Si, dans ce contexte des faits concrets de la coopération sino-russe fructueuse, nous écoutons et regardons à nouveau l’article du Financial Times et les contributions similaires de la presse people occidentale, une chose apparaît clairement : ces reportages ne reposent pas sur des faits concrets nouveaux, mais sur des données connues, qui sont simplement réinterprétées à travers le prisme du kaléidoscope impérialiste occidental.
Le ministère chinois des Affaires étrangères a déjà fermement rejeté l’article du Financial Times. Le porte-parole Guo Jiakun l’a qualifié de « pure fiction » et a déclaré que ces informations « contredisaient les faits ».
Ce type de « journalisme » ne vise bien sûr pas la vérité et les faits, mais cherche à semer la méfiance et à enfoncer un coin dans le partenariat sino-russe. Il s’agit d’une forme ancienne, mais malheureusement aussi éprouvée, de « guerre hybride » menée par l’Occident impérialiste.


















